samedi 31 octobre 2009

DEUXIEME ET TROISIEME JOUR : LA ZONE



Le goutte à goutte transperce les murs. On l’entend depuis l’escalier. La lumière donne à la peinture qui s’écaille des allures de peau morte. Des fougères ont poussé sur le béton. L’eau coule en cascade du plafond et dessine des cicatrices sur le sol. Nous sommes au quinzième étage. En contrebas, la forêt a rongé les artères et les bâtiments qui bientôt disparaîtront. Les arbres ont défoncé le bitume et enroulé leurs racines autour des pylônes électriques. Lentement, la végétation digère la ville. Attention, voici Pripyat.

A Tchernobyl le soir, un seul café reste ouvert, on dirait un gymnase crade. Des hommes en treillis s’entassent autour des tables. Des femmes titubent jusqu’au comptoir pour le ravitaillement. Alexandre s’assoit. Il a la sale petite manie d’illustrer par un geste chacun de ses mots. Avec ses mains en forme de jumelles posées sur les yeux, il dit qu’il est agent de surveillance dans la zone. Il dit qu’il déteste les braconniers qui viennent y chasser et trace lentement avec le pouce un trait sous sa gorge. Il tire la langue et exhibe sur son portable la photo d’une blonde en lingerie. Sur une autre image, elle est nue et pose les jambes écartées sur un lit défait. Il expire violemment et sort de sa poche une enveloppe remplie d’herbe. Il dit qu’après ça, on se comprendra à demi-mot. Il ne bouge plus et dit que dans quelques temps, beaucoup repartiront d’ici le cerveau grillé par l’alcool et l’ennui. Il dit ces mots sans bouger tandis qu’autour, des hommes et des femmes dansent sous une lumière de boucherie.

3 commentaires:

  1. Je vous suis en léger différé, de face et de profil, en lumière crue vive ou en natures mortes. Merci B.
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  2. Votre blog est très intéressant, bien rédigé et les photos sont exceptionelles.
    Bonne continuation
    J.
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  3. j'espère que ce reperage se passe bien pour vous.
    Les images sont précises, les plans éloquents; le rythme semble lent et le temps suspendu. Bonne continuation.
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