dimanche 25 octobre 2009

SEPT ANS



Une drôle de fascination. A chaque fois, la perspective de retourner dans le nord de l’Ukraine, aux abords de la centrale, produit en nous le même effet, même si nous savons déjà à quoi nous attendre. Des kilomètres de forêt déserte, l’ombre de la centrale au loin.
Une image, vieille de sept ans : Nous sommes sur le quai de Slavutich, à cinquante kilomètres de la centrale de Tchernobyl. Il fait un froid polaire. Les pointes de givre au bout des branches ressemblent à des couteaux. Le jour se lève et des dizaines d’hommes et de femmes se pressent pour monter dans le train qui les mène chaque matin à l’installation atomique. Dans les wagons, assis sur les sièges en moleskine, les ouvriers tentent de prolonger leurs nuits. Le train entame la traversée de la zone interdite, un périmètre de trente kilomètres où toute vie humaine est prohibée. A perte de vue, le vide plombé. Le train roule dans un vacarme de casse automobile. Nos yeux plongent dans la terre rouge. Nous sommes assis, nous sommes transparents. A l’horizon, si l’on regarde fixement, on peut l’apercevoir : la centrale, dans le brouillard. On revoit toutes les images télé : ce réacteur aux allures de hangar éventré où les hommes entraient en courant. Cette cheminée, droite comme un spectre.
Il y a sept mois, nous nous retrouvions tous les deux à une table du Café Français, à Bastille, pour évoquer notre envie de retourner ensemble à Tchernobyl. Aujourd'hui, nous bouclons nos sacs. Depuis trois semaines, nous consacrons le plus clair de notre temps à la préparation du voyage : obtenir les autorisations pour traverser la zone, dessiner des itinéraires routiers, retourner à la centrale… Irina, notre interprète sans qui nous serions aveugles, nous accompagne pour la troisième fois. Parce qu’après 2002, il y eut 2005 et nos pas dans la neige, au milieu des barres d’immeubles désertées de Pripyat (cf photos), cette Pompeï moderne où les vestiges de l'URSS trônent tels les os d'un squelette.

Pripyat, c’est le titre que nous avons choisi pour notre webdocumentaire. Il sera mis en ligne en 2011, pour les vingt-cinq ans de l’explosion de Tchernobyl. Mais en attendant, nous avions envie de vous faire partager notre travail, nos impressions lors de notre retour là-bas. Un blog en forme de journal de bord, au fil de la route, au gré des connexions internet.





Guillaume Herbaut, 38 ans (à gauche). Photographe, membre fondateur de l'agence l'Oeil Public. Son travail a été exposé à Visa pour l’Image en 2004, au Jeu de Paume en 2005, à la Maison Rouge et à Foto Espana en 2007. Prix Kodak de la critique et prix Fuji du livre pour son travail sur Tchernobyl et l'ouvrage Tchernobylsty publié en 2002 (éditions Le petit Camarguais). Deuxième prix World Press 2009 dans la catégorie « Issue Contemporary ». En avril 2010, il rejoint l'agence américaine INSTITUTE.
Bruno Masi, 34 ans. Journaliste, rédacteur au service culture de Libération de 1999 à 2007. Réalisateur pour l'émission Métropolis diffusée sur Arte (2007-2008).

Pour ce reportage, Nikon nous prête en pré-série le nouveau Nikon D3S avec lequel nous réaliserons toutes les séquences vidéo.

15 commentaires:

Bender a dit…
Ce message a été supprimé par un administrateur du blog.
Anonyme a dit…

j'aime beaucoup cette première photo, non loin des images tristes et belles de Nicolas Descottes.
Oui tenez nous au courant, sean / talitres

Anonyme a dit…

Bravo ! Super initiative... et j'en suis sûre, super travail à nous faire partager bientôt ! Longue vie ! (surtout après Tchernobyl !) IsaLou

Anonyme a dit…

bravo pour votre courage et envie de témoigner ! merci pour vos photos superbes. Caroline

Anonyme a dit…

J'avais vraiment aimé les photos de Guillaume Herbaut faites à Tchernobyl et ses environs et exposées à Paris en 2008.

Une atmosphère, une ambiance extrêmement pesantes et fantomatiques... Un poids immense !

Quelle bonne idée que celle de ce blog pour nous faire vivre "de l'intérieur" et "au jour le jour" votre avancée dans cet univers pour nous si lointain !

Merci ! On attend donc, avec grande impatience !

Fred

cedric faimali / argos a dit…

guillaume
belle initiative que ce projet au long cours
bon courage et inutile de te dire bonnes photos, je te fais confiance
cédric

christophe maout a dit…

Salut Guillaume,
Très bonne idée ce blog, on va vous suivre de près :)
Bonne chance.
c

Anonyme a dit…

bonjour a vous
merci beaucoup pour se debut,j espere que ca permettra de ne pas oublier se que l humain peux se faire a lui meme , j ai hate de lire la suite
bon courage a vous

bises

vicky

Scratchpad a dit…

J'ai vu tellement de photos de Tchernobyl et de Prypiat surtout, que j'ai l'impression de connaitre par coeur. Mais aucune de celle qui sont montrés sur cette page. ça doit être votre truc en plus... Je lirais ce bouquin avec plaisir. Sachant que le temps est limité à 20mn par visite, pour cause de radiations, combien de fois y êtes vous allé?

Anonyme a dit…

Pas la peine d'aller voir Slavutych pour votre recherche de sensation a la con. C'est une ville moderne financee a on peut plus possible par le Gouv Ukrainien pour eviter que les mecs comme vous qui manquent de sentiments heroiques chez eux viennent cherchez la ou il y en a pas. Pour vous en recuperer un peu de votre bravure de pionniers je vous recommande d'aller voir NOVARCA (une boite francaise) qui reside et BOSSE dans la bas depuis tout le temps que vous vous procuriez de PAMPERS pour y foutre votre nez.

Anonyme a dit…

Quand un homme qui a le don d'écrire rencontre un homme qui a le don de voir, cela donne vraiment de belles choses.

Je vais suivre votre journal, c'est une super idée.
Au plaisir de vous lire. Baci

Anonyme a dit…

Belle prose ! Bruno écrit aussi bien que tu vois Guillaume. Cette "Pompei moderne"... bien vu bien dit. Vos faites un beau binôme.
Qu'est-ce qu'il a le mec d'avant mon commentaire ? Il a pas bien compris votre projet on dirait !
Ciao

Johann

Anonyme a dit…

Bon courage à vous deux.Dans l'attente de lire la suite de l'article et de voir les photos.
Super projet .A bientot sur votre site.
lES MEGS

Grégory Cassiau a dit…

C'est un voyage qu'on ne fait pas de manière anodine, vous devez en ressortir changé à chaque fois.

C'est aussi une belle initiative de nous faire partager votre périple qui doit être fascinant.

Serge Van Cauwenbergh a dit…

I just discovered this website today. I'm curious about your project which I will follow closely. Your approach and style looks a lot different than mine when I visited Tchernobyl, Pripyat and several inhabtitants of the region.

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