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Une drôle de fascination. A chaque fois, la perspective de retourner dans le nord de l’Ukraine, aux abords de la centrale, produit en nous le même effet, même si nous savons déjà à quoi nous attendre. Des kilomètres de forêt déserte, l’ombre de la centrale au loin.
Une image, vieille de sept ans : Nous sommes sur le quai de Slavutich, à cinquante kilomètres de la centrale de Tchernobyl. Il fait un froid polaire. Les pointes de givre au bout des branches ressemblent à des couteaux. Le jour se lève et des dizaines d’hommes et de femmes se pressent pour monter dans le train qui les mène chaque matin à l’installation atomique. Dans les wagons, assis sur les sièges en moleskine, les ouvriers tentent de prolonger leurs nuits. Le train entame la traversée de la zone interdite, un périmètre de trente kilomètres où toute vie humaine est prohibée. A perte de vue, le vide plombé. Le train roule dans un vacarme de casse automobile. Nos yeux plongent dans la terre rouge. Nous sommes assis, nous sommes transparents. A l’horizon, si l’on regarde fixement, on peut l’apercevoir : la centrale, dans le brouillard. On revoit toutes les images télé : ce réacteur aux allures de hangar éventré où les hommes entraient en courant. Cette cheminée, droite comme un spectre.
Il y a sept mois, nous nous retrouvions tous les deux à une table du Café Français, à Bastille, pour évoquer notre envie de retourner ensemble à Tchernobyl. Aujourd'hui, nous bouclons nos sacs. Depuis trois semaines, nous consacrons le plus clair de notre temps à la préparation du voyage : obtenir les autorisations pour traverser la zone, dessiner des itinéraires routiers, retourner à la centrale… Irina, notre interprète sans qui nous serions aveugles, nous accompagne pour la troisième fois. Parce qu’après 2002, il y eut 2005 et nos pas dans la neige, au milieu des barres d’immeubles désertées de Pripyat (cf photos), cette Pompeï moderne où les vestiges de l'URSS trônent tels les os d'un squelette.
Pripyat, c’est le titre que nous avons choisi pour notre webdocumentaire. Il sera mis en ligne en 2011, pour les vingt-cinq ans de l’explosion de Tchernobyl. Mais en attendant, nous avions envie de vous faire partager notre travail, nos impressions lors de notre retour là-bas. Un blog en forme de journal de bord, au fil de la route, au gré des connexions internet.


Guillaume Herbaut, 38 ans (à gauche). Photographe, membre fondateur de l'agence l'Oeil Public. Son travail a été exposé à Visa pour l’Image en 2004, au Jeu de Paume en 2005, à la Maison Rouge et à Foto Espana en 2007. Prix Kodak de la critique et prix Fuji du livre pour son travail sur Tchernobyl et l'ouvrage Tchernobylsty publié en 2002 (éditions Le petit Camarguais). Deuxième prix World Press 2009 dans la catégorie « Issue Contemporary ». En avril 2010, il rejoint l'agence américaine INSTITUTE.
Bruno Masi, 34 ans. Journaliste, rédacteur au service culture de Libération de 1999 à 2007. Réalisateur pour l'émission Métropolis diffusée sur Arte (2007-2008).
Pour ce reportage, Nikon nous prête en pré-série le nouveau Nikon D3S avec lequel nous réaliserons toutes les séquences vidéo.
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