


Un trou béant au bord de la quatre voies. Des écrevisses entassées dans une eau noire et les corps foncent et se bousculent une porte entrouverte cette femme aux yeux sombres la main posée sur le montant menton incliné, le sol glissant sous ces jouets roulants à cinq grivnas, les portes battant quand le vent s’engouffre et disperse l’odeur du métal vieilli.
Le métro de Kiev est un tube enterré profond. Irina est venue nous chercher à l’aéroport. On émerge dans le centre-ville pour louer une voiture, acheter les cartes routières manquantes, changer de l’argent, passer quelques coups de fil. La nuit tombe à 16 heures et les rues sont peu éclairées. D’énormes 4x4 ont remplacé les Traban. Le ronflement des moteurs découpe les boulevards. Cette nuit, nous dormons chez Irina. Depuis sa fenêtre, on peut voir les immeubles pousser, et le bitume grimpe comme du lierre.
Demain, départ pour la zone, à l’aube. Nous avons rendez-vous avec les responsables de la centrale à 10 heures. Avant, nous passerons déposer nos affaires au petit hôtel de Tchernobyl, la ville. L’après-midi, si tout se passe bien, nous commencerons les prises de vue à Pripyat. On aurait bien aimé avoir un peu de neige, les radiations n’aiment pas les flocons. Pas de bol, le temps est gris mais doux. Ok, on a des piles pour le radiomètre.
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