



Vitali se tient la tête, il crie au téléphone pour se faire entendre, il hurle « situation critique », il répète ces mots comme pour contenir le serrement de sa poitrine, il se dit à lui-même « situation critique » et son corps contracté pourrait se fendre et fracasser les barrières qui séparent le parking de l’Antalys du reste de la ville. Il tourne en rond et l’on sent les sanglots se cristalliser en milliers de gouttes sur ses os.
Vitali presse ses tempes de ses doigts épais et parle de son ami mercenaire embauché en Bolivie et mime avec des gestes précis comment une balle partie de je ne sais où a traversé la rue puis a heurté sa tête au niveau de l’arrête nasale déchirant au passage cartilages, nerfs, tendons, muscles, viande et matière cérébrale avant de ressortir à l’arrière du crâne et finir sa course dans le mur au milieu d’un essaim d’abeilles rougies. Vitali dit qu’ils étaient trois frères d’armes à poser sur une photo prise devant les barbelés du camp, fusils brandis au-dessus de leurs têtes, ils avaient vingt ans et passaient leurs journées à boire et ne se quittaient jamais l’un veillant sur l’autre et vice versa sans même évoquer ce qui les avait poussés à commettre ne serait-ce qu’en pensées toutes ces horreurs. Vitali baisse les yeux et dit qu’il ne reste plus que lui désormais car le premier s’est pendu l’an dernier.
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