dimanche 28 février 2010

DOUZIEME JOUR : LUBOV


La voisine entre sans taper elle dit que sa fille Vika habite toujours la zone son fils à elle l’aimait, elle dit elle lui a montré sa chatte il est devenu fou elle dit il s’est pendu dans la forêt devant le fil, Lubov hoche la tête elle ne l’a pas revue depuis des mois elle la croit partie pour Kiev elle dit ma fille, elle dit ma fille est retenue, elle dit retenue dans la zone derrière le fil.

jeudi 25 février 2010

DIXIEME JOUR : MUHAMMAD



Il a des manières et croise les jambes une fois assis et reçoit dans un restaurant de la banlieue de Kiev sa table jouxte la piste de pool dance, il parle lentement comme en souriant il dit que la zone est une mine d’or le filon n’est pas tari, il raconte qu’il eut sa part méfiez-vous tout cela pourrait mal tourner, il se tait le regard fixe fume une cigarette et dit prenez la route partez vers l’Est.

Il dit allez voir où l’histoire finit.


(photos 2,4,6 réalisées à partir de www.pripyat.com)

mercredi 24 février 2010

NEUVIEME JOUR : FENEVITCHI





La famille est nombreuse douze enfants dix-huit petits-enfants dit la grand-mère en souriant passant sa main dans les cheveux de la fillette la vaste maison donne sur la forêt ils empruntent à l’aube les sentiers pour couper le bois le grand-père aime à raconter ses journées au champ avec ses fils travaillant ainsi toute sa vie rentrant tard pour s’asseoir près du poêle dans la cuisine la grand-mère préparant le repas il y a des bouches à nourrir ils montrent la luge les animaux la basse-cour les tas de bûches le jardin la véranda la demeure en briques un peu à l’écart du village, c’est vrai les voisins nous aimaient bien, ils poussent la porte les ordures les crachats les excréments sur le sol, les nuées de mouches collant aux visages, l’odeur de fumier, de sueur, de crasse, de terre moisie sur les murs, les remugles atroces de vieille soupe et de porc, les filles débiles prostrées sur le canapé sur les bouteilles vides sur les bêtes quasi mortes, les cris la voix rauque je vais te tuer pour ce que tu as fait et Vania l’épileptique qui s’enfuyait et restait par le cou un ceinturon attaché.

mardi 23 février 2010

HUITIEME JOUR : PESKI



Il ouvre la porte sur le sol gelé et parle déjà de la chaleur l’été les villages désertés cette terre est une île entourée par les flammes le ciel couleur plomb, Igor nous regarde le maillet à portée il raconte les jours de marche dans les cendres la zone les chargements à dos d’hommes, il dit les flammes dans les maisons vides nettoient les briques et l’acier, il dit son frère l’avait violée, il dit je l’ai trouvé, battu, pendu, défiguré, brûlé.


SEPTIEME JOUR : LOUGOVIKI




Elles ne dorment plus seules sur la rive.

La sonnerie se mêle aux projections de boue et Vitali parle de l’ennui la solitude les rêves tordus il raconte le jour où il s’était pendu au toit de sa maison le voisin approchant en courant, les roues de biais enlisées quand Rita hurle à l’autre bout de la ligne les flics passent chaque jour près du fil barbelé pour vous attraper quand Piotr derrière évoque le soir où le milicien pointa son doigt sur nous l’éclat de métal dans ses yeux vous verrez je vous attendrai avec mon arme de l’autre côté, la crasse sous nos pas quand le fils hurle dégagez la mère alarmée il va sortir avec sa hache vous découper, l’eau noire dans nos nez quand Vadim dit paniqué des hommes m’ont vu sur votre blog la vidéo du cinquième jour je disparais, la terre meuble sous nos ongles quand Igor dit le type grilla comme un cochon pendu par les pieds quand l’homme aux mille clés d’acier la tête entre ses mains insiste et frappe du poing, n’y pensez plus.


dimanche 21 février 2010

SIXIEME JOUR : LUDMILA



Elle écarte le rideau d’un doigt regarde par la fenêtre et le voit rentrer elle sait qu’il n’y a pas tant de neige dehors elle voit ses yeux noirs, le sac posé sur son épaule.


samedi 20 février 2010

CINQUIEME JOUR : VITALI



Des jours à boire à attendre la cargaison les semaines à boire et rire avant de se battre, la femme éventrée à Sarajevo quinze ans avant puis il rentra à Dniepopetrovsk et l’argent ne vint jamais, les hommes de main volèrent les bijoux et cassèrent tout sa femme en larmes tire-toi connard revenir à la zone, Tchernobyl en aimant.

Il est l’échoué.

jeudi 18 février 2010

QUATRIEME JOUR : PIOTR



Il se souvient du jour où, l’enfant fabrique un monstre en pate à modeler, ses quinze années de prison et Rita sombrait dans l’alcool et la milice et ses pas sur la terre devant la maison à tourner en rond les villageois le chassaient et l’argent venait à manquer les flics sans cesse à sa porte, il se souvient du jour où il regarda Rita lui dire il faut partir et la zone devint leur dernier refuge Micha l’enfant dans la poussette et quelques affaires sur l’épaule, l’attelage difforme boitant sur le chemin de pierres.

mercredi 17 février 2010

TROISIEME JOUR : MAXIME



« Le véhicule a roulé dans Ivankov pendant un long moment mais je ne sais plus combien de temps et la discussion s’est envenimée, l’homme voulait son argent mais mon ami ne pouvait lui rendre alors je me souviens des cris dans la voiture, je me souviens de la main du type qui plonge dans sa poche et mon bras lui enserrant le cou, le canon de mon arme contre sa tempe, je revois l’arme tendue dans ma main et ma voix j’entends ma voix qui hurle dans la voiture ne bouge pas ou je te crame le cerveau. »

mardi 16 février 2010

DEUXIEME JOUR : YULIYA



Elle marche dans la neige avec ses amies Maria et Slejana et chante et redoute de retrouver le silence de sa maison en bois. Le fil, la zone ne sont qu’à cinq cents mètres. Elle a dix-neuf ans et passe son temps à marcher le long de la route qui relie son village aux portes du cimetière. Pas de travail, pas d’argent pour rallier Kiev. Yuliya marche et quand l’ennui s’immisce aussi sur la route qui relie le village au cimetière, elle rejoint l’école laissée à l’abandon. Ses bottes sur les romans, peintures, et cartes de l’Ukraine. Ses bottes où la neige forme des traits fins semblables aux cheveux d’une vieille raclent le parquet avant que la nuit ne la rappelle à l’heure où les loups approchent des maisons pour dévorer une poule ou un chien.

lundi 15 février 2010

PREMIER JOUR : L’ ECOLOGISTE



VLADIMIR BOREIKO, MILITANT ECOLOGISTE, PASSE A TABAC.

"La zone est comme la peau d’une girafe où chaque tache noire serait hautement radioactive. Vous trouverez de nombreuses personnes qui vous prétendront le contraire, même au plus haut niveau de l’Etat. Ce discours est très en vogue actuellement: vingt-quatre ans après l’explosion du réacteur 4, beaucoup rêvent de transformer le périmètre interdit en réserve de chasse ou en terres agricoles. La zone est une source de profits insoupconnée. Ces hommes crient sur les toits que le danger a disparu. Ils vous répéteront jusqu’à vous convaincre que l’on ne craint plus rien. Pour appuyer leurs dires, ils nous feront passer pour fous."