dimanche 13 juin 2010

DIXIÈME JOUR : FIN DU BLOG


J’entre dans la forêt et les corps ne sont plus que des ombres dont ma mémoire est gavée, les pas et les sons ont disparu, à travers la fenêtre je vois les arbres, je vois Piotr, les coups le feu, je vois les ruines, je vois mon reflet sur la vitre fissurée. Tchernobyl est dans mon crâne pour le vriller.

Fin du blog. Rendez-vous en 2011.

samedi 12 juin 2010

NEUVIÈME JOUR: LA TRANCHÉE



J’aperçois le fossoyeur dans son 4x4 noir, il porte la mort tatouée sur le dos.

vendredi 11 juin 2010

HUITIÈME JOUR : LA HACHE



Assise non loin presqu’aveugle elle prie pour mourir bientôt. Ne supportant plus cet enfer et la chaleur et les mouches, elle regarde Aliocha qui brandit sa hache, je vois l’éclat de la lame.

mercredi 9 juin 2010

SIXIÈME JOUR : MACHA



Et je vois Rita poussant la porte pour que l’esprit n’entre pas, je vois Yuliya le regard embué les porcs hurlant près du champ, je vois l’homme assis le visage défoncé qui tient une canne, je vois les filles au milieu de la route des rubans noirs dans les cheveux, je vois la camionnette grise arrêtée sur le bas côté, je vois le chat mou écrasé l’œil qui pend sur le bitume, je vois cette vieille les ongles en deuil frottant son cou moite, je vois Macha à peine noyée demain enterrée dans sa robe de noce.

mardi 8 juin 2010

CINQUIÈME JOUR : LUBOV



J’entre dans la forêt mais avant d’en atteindre la lisière, je vois les champs autour, je vois les silhouettes courbées la neige chassée les ruines éparses, j’entre dans la forêt.

lundi 7 juin 2010

QUATRIÈME JOUR : LE FLEUVE




Je me souviens de la lenteur c’était quand déjà au milieu des années 80 tu dis ça, je ressens cet écrin comme une natte de ses cheveux qui m’étrangle, comme si nous fixions le soleil sans ciller, chaque geste en kodachrome les pas au ralenti, et le fleuve court non loin et le bleu du ciel se mêle au vert et au blanc du sable et l’eau a des reflets rouille.

dimanche 6 juin 2010

TROISIÈME JOUR : LE CHEMIN



La lumière même faible me fait mal aux yeux, j’entre dans la forêt mais avant d’en atteindre la lisière, je vois dans le sol mes empreintes s’effacer, je ne sais rien d’ici aucune marque ne trahit mon passage, j’entre dans la forêt je m’enfonce et les branches séchées des pins craquent sous mes pas les ronces forment des nœuds qui entravent mes chevilles et râpent la toile de mon pantalon, les arbres ressemblent à des pieux plantés dans le tuf qui auraient servi à maintenir la terre en place, j’avance dans la forêt et aucun cri ne me parvient.
Je ne me souviens pas des photographies que tu as prises à Razokha, il me faut les revoir et scruter chaque détail, je ne reconnais pas les routes, pistes, ruisseaux que nous croisons, je m’enfonce dans la forêt je ne vois rien ne reconnais pas, je ne me souviens pas de la fuite devant les miliciens, je n’entends que mon souffle j’avais si mal, je me souviens de la neige sur ma langue et du goût de métal.

samedi 5 juin 2010

DEUXIÈME JOUR : LE SABLE



La peau serrée sur cette chaise en osier je balbutiais et maintenant je marche dans le sable je marche et je me demande pourquoi je dis pourquoi et mes pas s’effacent et je sais que Tchernobyl a disparu de ma mémoire, je ne veux plus entendre les témoignages des vieux sur le 26 avril 1986, je marche dans le sable le long du fleuve et mes pieds s’enfoncent le sable se glisse dans mes chaussures et ma peau brûle je veux regarder les flammes dévorer cette forêt et pas le reste, les fourmis sur un carré de bitume et pas le reste l’eau saumâtre pas le reste, je ne vois rien ne sens rien ne pense rien ne bouge pas, je viens ici car Tchernobyl n’existe plus et le temps s’est figé, je viens ici pour fuir la peur, ici oui je n’ai plus peur.


vendredi 4 juin 2010

PREMIER JOUR : LA MARIÉE



La mariée souriait encore de l’enfant qu’elle attendait nous l’appellerons Timor, elle entendait son mari chaque soir rentré de la zone sa casquette de milicien à peine posée, ce matin la mariée souriait le printemps les jeux l’enfant sera là pour l’été, elle souriait quand le téléphone sonna on lui dit que Serguei son mari, dans la zone, il patrouillait sur l’eau, l’alcool et la barque versa il fut saisi par le froid, le corps mort repêché, déjà enterré.